mardi 27 septembre 2016

Arc-en-ciel

Une petite pensée datée du 27 septembre 2012... Oui, ça date.
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Une porte des nuages à la bordure d'arc-en-ciel, son double estompé sur le ciel plombé, mais les pleurs des cieux redoublent et les vives couleurs s'éteignent tandis que le soleil couchant se cache sous sa couette cotonneuse...

jeudi 11 février 2016

L'âme enfermée

I

Nous nous apprêtons à monter la colline. Curieux amas de roches plates comme des galets, aux bords adoucis par le temps, et recouvert de terre, de mousse, de plantes, même d'arbustes. Un sentier quelque peu zigzaguant monte sur la pente la plus douce, permettant aux touristes de tout âge d'accéder au sommet. Il fait un temps superbe, le soleil commence à chauffer, mais pas trop, mes parents avancent vers le sommet et mon frère lassé de leur lenteur s'y trouve déjà.
Je sais déjà que là-haut, la vue sur les alentours sera magnifique : maisons couronnées de toitures aux bords relevés, couleurs sombres et couleurs claires harmonieusement réparties des bois et des papiers de riz, beaucoup de plantes vertes, et un joli bois touffu tout autour de la colline. J'ai quatorze ans, et c'est la troisième fois déjà que ma famille visite ce lieu bien loin de notre pays.
En chemin, près du sommet, je m'attarde comme à chaque fois vers la droite, où un ruisseau prend sa source entre trois galets géants et dévale le flanc dans un doux clapotis, sinuant entre les arbustes aux allures de bouleaux, tronc blanc et délicates petites feuilles d'un vert tendre et printanier.
J'ai chaque fois envie de le suivre, et à peine mon esprit d'exploratrice me fait-il faire deux ou trois pas hors du sentier que mes parents m'appellent : "Ne t'éloigne pas trop ! On y est presque !"
Je ne les écoute guère et rejette leurs mots d'un geste agacé de la main. Je m'approche de la source, la contemple d'un peu trop loin à mon goût, mais mes parents insistent : je fais demi-tour pour regagner le chemin.
- "Sauve-moi !" m'interpelle un soupir de jeune fille.
Je me fige, interloquée. Derechef :
- "Sauve-moi, je t'en prie !"
Appel angoissé, tout juste audible, il vient du ruisselet. Je sors pour de bon du sentier et me précipite vers la source, l'appel retentit à nouveau, plus fort : c'est une jeune fille, mon âge peut-être, au jugé. Je grimpe les roches, je me penche sur la source :
- "Je t'en prie, sauve-moi, je suis coincée !" s'écrie l'inconnue, et son appel vient de l'embrasure des trois roches... Mais c'est impossible, comment pourrait-elle être coincée là-dedans ? Seul un enfant eut pu s'y glisser, et non sans risquer de s'étouffer d'eau ! J'appelle, timidement :
- "Il y a quelqu'un ?" ...
Que la brise légère dans les feuilles, le ruissellement de l'eau. J'hésite, une enfant du pays m'a-t-elle fait une farce, à moi, touriste ? J'écoute encore, rien.
Alors, je fais à nouveau demi-tour, d'autant plus que mes parents me crient de revenir :  l'évidence, ils s'énervent. C'est vrai, si je glissais et tombais, hein... Ce serait gênant. Je jette cependant un dernier regard par dessus mon épaule, et je vois l'eau... changer de couleur et de... consistance ? ... On dirait du sirop d'ambre rouge !
- "Je t'en supplie, sauve-moi, je vais mourir étouffée !" me hurle soudain la voix.
Panique. Je cours et trébuche jusqu'au chemin, j'appelle au secours, à l'aide, j'ameute les touristes et les gardiens du site, et lorsqu'on s'attroupe autour de moi, je me retourne vers le ruisseau, et reste un instant sans voix : l'eau est redevenue limpide et liquide, de l'eau, quoi. Malgré tout, je tends le doigt vers elle et raconte avoir entendu une fille crier à l'aide, qu'elle est coincée dans la source...
Certains se moquent, la probabilité est si faible ! Mais juste alors j'entends une fois encore la jeune fille et certains membres de mon public s'exclament : "Je l'entends, moi aussi ! Moi aussi, sauvons-là ! Oh, pauvre fillette, faisons vite !"
Branle-bas de combat, les gardiens ameutent la police et les pompiers, que j'amène, légèrement tremblante, jusqu'à la source : "C'est là !" Impossible, bien sûr, que quiconque puisse entrer là ; une lampe puissante est braquée sur la sombre embrasure, on entend un remue-ménage et deux reflets sur de petits yeux. Elle est là ?! Mais comment la sortir ?
C'est un haut lieu touristique, on ne peut l'abîmer. Heureusement, cette structure de sol en galette facilite les choses : on fait venir de quoi soulever les roches qui ne sont pas solidaires autrement que de par la gravité, sous les flashes des photographes et les caméras du journal local, qui faisait justement un petit reportage ce jour-là dans les environs. Je me tiens aux premières loges avec les autres ayant entendu la jeune fille lorsque les roches du coin sont précautionneusement soulevées et déposée plus loin, une par une.
Enfin, la dernière, on s'écrie : "Tiens bon, tu vas sortir de là, tu es sauvée !" et tout le monde retient son souffle. La roche s'élève, la lumière pénètre dans la minuscule grotte que l'on découvre et que l'eau de la source traverse de part en part ; un rat ou un quelconque petit animal, jusqu'à présent réfugié au fin fond de son humide et rocheux terrier détale à toutes pattes, terrorisé par cette toute cette agitation ; le sol est tapissé de feuilles mortes qu'il avait amené là pour rendre son antre plus douillet, de graines et de glands, et... d'os... Un fémur, une côte là, et là le bras et aussi le crâne ! Un squelette d'adolescent, à peine dérangé par l'animal et ses prédécesseurs...
A mon oreille résonne un nouveau soupir : "Merci ! ..."

II

Plus tard, j'apprendrais dans les journaux télévisés que le squelette était celui d'une adolescente ayant vécu environ cent cinquante ans plus tôt. Après quelques recherches, la datation du décès correspondra à la disparition de l'héritière orpheline de la famille dirigeante, dont la succession fut à cette période alors assurée par la branche cadette.

Mais cette nuit-là, la jeune fille visita mes rêves.
Je me trouvais dans un endroit sombre ; comme si un voile que mon cerveau interprétait sous forme de verre noir séparait mon environnement de ma vision, afin que je ne sois pas dérangée par ce qui ne m'était pas nécessaire pour cette rencontre.
Je vis l'adolescente, de mon âge ou environ, un peu plus grande que moi peut-être, quoique guère, de longs cheveux noirs noués simplement, vêtue d'un jinbei ; elle est très belle. Je reconnais sa voix lorsqu'elle m'adresse la parole, souriant timidement :
- "Je suis désolée de t'avoir induite en erreur, je te dois des explications."
Je sais que je ne comprends pas sa langue, mais je la comprends, elle, malgré tout : c'est le monde des rêves.
- "J'étais enfermée là-dedans depuis si longtemps, plus d'un siècle, peut-être. Bien que je sois morte et décomposée, mon âme était enclose et ne pouvait s'échapper. Tu m'as entendue, et m'a permis enfin de m'en aller : avant de rejoindre le lieu que mon âme doit atteindre, permets-moi te raconter mon histoire..."

Elle était l'orpheline héritière de la famille dirigeante de la région, dont les parents et le frère cadet étaient morts dans de curieuses circonstances. Son oncle, frère cadet de son défunt père, vint alors s'installer dans la grande maison de famille, avec son épouse, leurs enfants et tout l'aréopage, comme c'était leur droit, afin de poursuivre l'éducation de l'héritière et lui assurer un bon mariage.
Vision de la jeune fille dans sa robe blanche de deuil, cheveux tombant en rideaux devant son visage éploré...
Bien que femme, elle n'en était pas moins le chef de la branche aînée et, donc, de la famille... au grand dam de son oncle. Du vivant de ses parents, elle était choyée, richement vêtue, nourrie, soignée, éduquée... Par la suite, lorsque son oncle reprit la maison, les vêtements dûs à son rang furent progressivement remplacés par des oripeaux de moindre qualité. La nourriture devint plus simple, roborative, de la nourriture de servante. Plutôt que de poursuivre son apprentissage de la musique, des oeuvres littéraires, et des diverses tâches qui occupaient les femmes de haut rang, elle fut assignée au ménage, à la cuisine...
Vision de sa joue veloutée caressée par la main paternelle, puis violemment frappée de la main de son oncle ; vision d'un luth richement décoré égrenant des notes pures sous ses doigts aux longs ongles décorés, remplacée par des genoux écorchés sur le parquet frotté au chiffon tenu dans une main abîmée aux ongles noirs et cassés.
Son unique espoir, faire un bon mariage qui la sortirait de cette vie devenue détestable, fut bientôt anéanti. Curieusement, ces fiançailles précédemment conclues, des années auparavant, par son défunt père, était le seul arrangement que son oncle avait conservé, à l'exception près qu'elle devait épouser le cadet et non plus l'aîné. Elle en découvrit la raison en même temps qu'elle rencontra son fiancé, vêtue pour l'occasion de la seule tenue correcte que l'épouse de son oncle avait réservée, de mauvais gré, car il fallait bien conserver les apparences vis-à-vis des gens n'appartenant pas à la maisonnée. Ce fiancé avait un horrible caractère. Ce mariage promettait d'être un calvaire pire encore que sa vie actuelle.
Vision de riches tissus destinés à la robe de mariage, suivi du jinbei ; vision d'un jeune homme avenant descendant un chaton coincé dans un arbre, remplacée par son jeune frère aux traits semblables mais cruels, se délectant d'étrangler le chat à mains nues...
Elle prit donc la résolution de s'enfuir et en trouva bientôt l'occasion : elle fut reprise et punie sévèrement ; s'enfuit à nouveau, rattrapée, battue... Attendit un moment, devint docile pour mieux tromper ses tortionnaires, puis fit une nouvelle tentative.... Et fut cette fois interceptée avant même de quitter l'enceinte de la maison.
Vision de cordes mordant les poignets, de fouet claquant la chair.
Après un rapide conciliabule, il fut convenu qu'elle était indigne de tous les soins que son oncle lui avait consacré. On l'emmena discrètement à la colline aux roches plates, on la força à rentrer dans l'ouverture de la source, lui cassant les côtes au passage, et on mura grossièrement l'ouverture afin d'être certain qu'elle ne pourrait s'échapper. Et on la laissa mourir là...

- "Je t'épargne les souvenirs de mes derniers jours. Sache seulement que mon agonie fut longue avant que je ne meure de faim."
Mes larmes coulaient abondamment, je reniflais tant que je pouvais, tant ces visions, ce récit, m'avait blessés à coeur.
- "Je te remercie à nouveau de m'avoir délivrée de cette prison, petite soeur, grâce à toi, je peux rejoindre la place qui m'attend depuis si longtemps. Adieu, petite soeur, adieu... !"
Je me réveillais frissonnante, les joues humides.

III

Plus tard encore, lorsque l'intérêt pour l'affaire du squelette fut retombée, un homme un peu âgé, d'origine asiatique, que je ne connaissais pas du tout, vint me rendre visite à la maison, afin de me conter l'histoire de son ancêtre.
"Sur la fin de sa vie, mon arrière-grand-père a dicté cette histoire à son fils, plus lettré qu'il ne l'avait été ; le récit en a été conservé dans la famille. Il avait un des servants de la famille régnante de cette région, et il a bien connu la jeune fille dont vous trouvé les restes. De fait, il était très amoureux d'elle, bien que sachant que la différence entre leurs rangs de naissance empêcherait à jamais tout espoir de mariage. Il n'a guère pu l'aider dans la maltraitance dont elle faisait l'objet, à part en la consolant comme il le pouvait, dérobant pour elle des douceurs, lui prêtant son épaule quand elle avait besoin de pleurer. Elle s'est enfuie à trois reprises, seule, mais il ne la vit jamais revenir après la troisième : il crut donc qu'elle avait réussi jusqu'à surprendre une conversation privée du méchant oncle avec son épouse ; il apprit à cette occasion quel sort avait été réservé à la malheureuse élue de son coeur... Il ne sut jamais où la jeune fille avait été emmurée, il ne put jamais le découvrir ; il résolut cependant de se venger. Il drogua tous les responsables des sévices de la jeune fille au lait de pavot et mis le feu à la demeure, s'arrangeant pour que les enfants et les serviteurs puissant s'enfuir mais pas les coupables.
Quand se sachant à l'article de la mort il livra son terrible récit, il demanda à son fils de rechercher la tombe de la jeune fille, afin que l'on pusse l'enterrer décemment et libérer son âme. Son fils n'y parvint pas, non plus que mon père ou moi. Vous avez réussi où nous avons échoué, et en cela je vous remercie. La quête de ma famille est terminée, la jeune fille et mes ancêtres peuvent enfin reposer en paix.
Soyez-en remerciée."

jeudi 3 décembre 2015

Apparence

Vis-à-vis des autres, je peux paraître creuse,
Je cache ma densité au coeur du vide,
Caméléon, je renvoie les reflets des autres...

mercredi 21 octobre 2015

Le Salon d'Automne, à La Croix Saint Ouen (Oise)


Chaque année, à la brocante de La Croix Saint Ouen, a lieu une exposition réunissant les sections peinture, photo et lettres de l'association Arts, Lettres et Cultures (ALC pour les intimes), autour d'un thème commun.
J'ai l'habitude d'y faire un petit tour, notamment car ma mère, ainsi que les parents d'une amie, appartiennent à la section Photo et que c'est l'occasion de voir de belles oeuvres ! (bon, et la brocante aussi, d'ailleurs mon chéri en a bien profité).

Cette année, la section Lettres a proposée une animation "écriture" autour du thème de la "Nuit", qui a remportée un vif succès auprès du public. La consigne était la suivante : à partir de quelques mots tirés du panier, composer une phrase, une histoire, un poème, un roman...
Les textes étaient tous très jolis, et je ne résiste pas (comme si j'allais essayer) au plaisir de vous les partager (d'autant plus que ma mère m'a indiqué que les textes que mon chéri et moi avons créé ont été fort appréciés - oui, je nous fais mousser un peu - cherchez Thierry et Adeline).

Voici le lien du billet : http://alclacroix.blogspot.fr/2015/10/retour-sur-le-salon-dautomne-du-cote.html